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lundi 23 avril 2007, 23h24
LAGOS (AFP) - L'annonce lundi de la victoire de Umaru Yar'adua, candidat du parti au pouvoir (PDP) au Nigeria à l'élection présidentielle de samedi, marquée par la mort d'au moins 200 personnes, a été aussitôt contestée par l'opposition et par la communauté internationale. Selon le président de la commission électorale nationale (INEC) Maurice Iwu, qui a qualifié les élections de "libres et équitables", le gouverneur Yar'adua a obtenu 24.638.063 voix.
Ses deux principaux opposants, le général Muhammadu Buhari, candidat d'opposition (All Nigeria Peoples Party, ANPP) et le vice-président Atiku Abubakar, représentant du parti Action Congress (AC), ont obtenu respectivement 6.605.299 et 2.637.848 voix, a précisé M. Iwu en déclarant élu M. Yar'adua, et sans mentionner de taux de participation. Les deux principaux partis d'opposition ont immédiatement décidé de contester ces résultats en justice.
"Nous rejetons ces résultats et nous allons porter l'affaire devant les tribunaux", a déclaré à la presse un responsable de l'ANPP, Tom Ekimi, parlant également au nom de l'Action Congress. M. Buhari a qualifié cette élection de "honte" pour le Nigeria, et de jeunes manifestants ont été dispersés dans la soirée par la police à Kano (nord) alors qu'ils criaient "Nigeria pour Buhari". Dans la soirée, le nouveau président élu a appelé l'ensemble des Nigérians à se rassembler derrière lui et proposé à ses opposants de participer a un gouvernement d'unité nationale. "La compétition est terminée, et nos divergences doivent s'éloigner dans l'intérêt du bien commun. Je veux que tous les Nigérians se joignent au PDP pour travailler et faire avancer ce pays", a indiqué Umaru Yar'adua dans une courte déclaration au siège de son parti à Abuja. Interrogé sur les accusation de fraude massive, il a estimé que les standards retenus par les observateurs internationaux n'étaient peut-être pas ceux qui devaient s'appliquer à des pays comme le Nigeria. Les Nigérians étaient 61,5 millions à être appelés aux urnes samedi, une semaine après des scrutins au niveau des Etats de la Fédération. Ces élections se sont déroulées dans un climat de violence, l'Union européenne affirmant que 200 personnes avaient été tuées. Selon des chiffres officiels nigérians, le bilan s'élève à 39 tués. Le président élu prendra officiellement ses fonctions le 29 mai et succèdera alors à Olusegun Obasanjo, au pouvoir depuis 1999. Dans une allocution télévisée, M. Obasanjo a concédé que le scrutin était loin d'être parfait, mais que les perdants pouvaient aller en justice. Pourtant, la victoire annoncée de M. Yar'adua est très critiquée. Pour l'UE, les élections des 14 et 21 avril n'ont été ni démocratiques ni crédibles. Le Royaune-Uni, par la voix de sa ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett, s'est dite "profondément inquiète". La Maison Blanche s'est déclarée "profondément troublée" par les affrontements mortels et les soupçons d'irrégularité, appelant les parties à faire preuve de retenue. La Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest, a estimé elle aussi que la présidentielle n'a été "ni libre ni équitable". Enfin, le plus grand groupe d'observateurs nigérian, le Transition Monitoring Group (TMG), a demandé lundi l'organisation de nouvelles élections. Face à l'ampleur des irrégularités qui laissent visiblement de marbre les autorités nigérianes, certains observateurs s'interrogent désormais sur la légitimité du futur pouvoir, avec un président souvent qualifié par l'opposition de "marionnette d'Obasanjo".
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